Le début du 19ème siècle a vu s’établir en France une pègre organisée corse et marseillaise. Le polar a mis en scène des truands corses dans le décor parisien et notamment le quartier de Pigalle qui devient le haut lieu de la drogue et de la prostitution. En France, alors qu’il devient un genre littéraire répandu chez les lecteurs, les auteurs et les éditeurs, le polar reste cantonné longtemps dans la capitale ou bien à l’étranger car les éditeurs choisissent de traduire les grands auteurs anglo-saxons. Dans ce contexte jacobin, un Corse, José GIOVANNI, pourtant montagnard,  va devenir un auteur et un cinéaste célèbre. Ancien taulard, il va exceller dans le genre, sans référence avec ses origines insulaires. Et puis on voit émerger le polar de terroir. Alors que Marseille et la Corse ont alimenté l’imaginaire de bon nombre d’auteurs et de cinéastes, il faudra attendre 1995 et Jean-Claude IZZO pour consacrer le polar marseillais. Et la Corse ? A la même époque, un Editeur ajaccien, Les Editions MEDITORIAL, avait créé une « collection Misteri » qui a édité, entre autres,  Philippe CARRESE et François THOMAZEAU, qui font partie aujourd’hui des auteurs de polars connus. «  Les trois jours d’engatse » de CARRESE a été d’abord édité dans la collection « Mistéri » en 1994 (un an avant TOTAL KEOPS qui a fait émerger le polar marseillais ), puis réédité au « FLEUVE NOIR » en 1995. François THOMAZEAU est l’auteur de plusieurs polars édités dans la collection Misteri et a créé, avec deux autres auteurs, « L’écailler du Sud », éditeur marseillais qui obtient un réel succès. Les premiers polars de THOMAZEAU de la collection Misteri ont été réédités par LIBRIO.  L’éditeur ajaccien MEDITORIAL  a fait connaître aussi des auteurs corses comme Ange MORELLI, Elisabeth MILLELIRI et Marie-Hélène COTONI.

Depuis lors, si quelques auteurs de polars corses ont été édités, il n’existait plus de série noire insulaire. Les éditions ALBIANA viennent de lancer leur collection « Néra » qui compte déjà plusieurs polars dans son catalogue. La relève est assurée. Des auteurs corses se ré –approprient la Corse noire, dans un genre en perpétuel évolution. L’éditeur ajaccien écrit : «  Qui douterait encore que la Corse ne soit malheureusement définitivement, une terre de  polar et de romans noirs ?... La collection Nera ouvre les portes des bas-fonds du crime avec l’aide des auteurs insulaires… Elle propose de donner à lire cette profonde noirceur, ce goût pour le drame et la mort chevillé à l’âme, avec l’indispensable dimension littéraire qui seule peut rendre justice des mécanismes à l’œuvre. Loin des clichés, jouant parfois avec eux, elle ouvre des espaces de pensée d’autant plus efficaces qu’ils viennent de l’intérieur de la société, des meurtrissures vécues enfin domptées par l’écriture. Néra est une jalousie  précautionneusement ouverte sur la rue, sur la vie insulaire, ce que l’on voit et qui ne se dit pas… » (Il faut lire l’interview de Bernard BIANCARELLI par Joël JEGOUZO sur le site www.noircommepolar.com )

Des auteurs de nouvelles, précurseurs du polar et du roman noir, se sont inspirés de la « légende noire de la criminalité insulaire ». Librio a publié un recueil où l’on retrouve Mérimée, Balzac, Flaubert, Saint Hilaire, Gaston Leroux et un contemporain corse, Jacques MONDOLONI,  auteur par la suite de polars, comme « Corsica Blues » paru en 1996.

Ainsi, depuis quelques années, est née la série noire corse avec des auteurs comme Francis ZAMPONI, Jean-Paul BRIGHELLI, Jean-Marie COMITI, Jean-Pierre SANTINI      , Alexandre DOMINATI, Ange MORELLI, Daniel PIANI, Jean-Louis ANDREANI et d’autres. Il est dommages que Elisabeth MILLELIRI ne se commette plus dans le genre. Le polar  corse existe !  C’est une lecture divertissante et bien davantage encore.

Les éditeurs corses ont déjà beaucoup fait pour notre culture. Depuis les débuts du « Riacquistu », la littérature corse  témoigne d’une culture vivante et riche de deux langues. Pour que notre littérature se perpétue encore et s’enrichisse dans tous les genres, IL FAUT LIRE !..... Elle en vaut… non pas la peine…  mais le plaisir !   

liens :
www.atechja.com
www.albiana.com
www.13emerue.fr
www.noircommepolar.com
www.polars.org
www.ruedesboulets.com   (ex- mauvais genre)

LE ROMAN POLICIER :

"Un livre n’existe que lu !.." , Sartre nous l’a appris. Jean Giono écrivait en 1959 : " De temps en temps, je me réserve un jour à romans policiers. Quand c’est l’hiver, je choisis un sombre dimanche. Il faut que le ciel soit lourd et bien installé, avec un vent qui agite la pluie et en flagelle les vitres. Il doit faire ce froid qui pénètre les os. Je ne me lave pas, je ne me rase pas . Je reste en pyjama sous ma robe de chambre. Je bourre mon poêle. Il faut qu’il ronfle.. rien d’autre à faire qu’à lire des romans policiers….. Le résultat, c’est l’oubli, c’est l’apaisement, c’est le calme, les soucis effacés ..… C’est un plaisir et une médecine. " --extraits du Bulletin de la NRF

Un roman policier est un ouvrage littéraire qui met en scène principalement des personnages de policiers ou de détectives professionnels ou amateurs, en lutte contre des gangster ou des criminels.

Le genre policier fait l’objet de controverses sur sa définition même, sur sa valeur littéraire et sur ses origines. Pour certains, Régis Messac aurait déjà exprimé l’essentiel sur le sujet, en 1929, dans deux ouvrages : Le détective Novel " et " L’ influence de la pensée scientifique ". Je ne ferai donc pas assaut d’érudition en la matière. Mon propos est de donner quelques pistes permettant, pour ce qui le souhaitent, d’aller seul plus loin dans la connaissance de ce genre tant décrié mais aussi tant lu…Tout d’abord, je dois citer une anthologie présentée par Roger MARTIN dans un petit fascicule " LIBRIO " et intitulé "  La dimension policière – 1 ".J’ai eu beaucoup de mal à me procurer le premier fascicule fort intéressant et peu cher ". L’auteur y fait un survol des sources du genre policier et nous livre ensuite neuf Nouvelles de Hérodote à Vautrin. Vous pouvez ensuite lire le fascicule " Que sais-je ? " Le Roman policier de Boileau-Narcejac et " Le roman policier " de Josée Dupuy dans la collection " textes pour aujourd’hui " de Larousse.Ainsi vous ferez connaissance avec des auteurs et des personnages, qui ont fait ce qu’est le roman policier : un genre qui, sans se renier, est en perpétuelle évolution avec ses variantes dont les auteurs ont un but commun " captiver le lecteur jusqu’à la dernière ligne ".


Quelques repères : Sources anciennes :

  • La Bible : anecdotes de Daniel et les prêtres, de Suzanne et les vieillards et bien d’autres..
Powell : "  Seigneur, tu n’es pas contre l’assassinat, la Bible est pleine d’assassinats.. "
  • Les tragédies antiques : Œdipe, Les Milles et Une Nuits
  • Les grands auteurs grecs ou latins : Esope, Archimède, Pline le Jeune ou Ciceron.
  • Hérodote : " Les fils de l’architecte " étant considéré comme la pierre angulaire du genre policier encore à venir.
  • Henri IV de Shakespeare avec son cours de médecine légale.
  • Zadig de Voltaire avec les épisodes du " Cheval du Roi " et de " l’épagneule de la reine ".La Gaieté de l’amateur français, de Beaumarchais et même Le Barbier de Séville. On trouve dans ces récits, des passages dignes de Sherlock Holmès.
Emergence du genre :C’est au XIXème siècle , celui de l’industrialisation et de l’urbanisation , que le genre policier va émerger, en même temps qu’ évolue la police ( voir rubrique " Police " ). Son inspiration peut se trouver dans des biographies de bandits et des récits de meurtres étranges, vendus de ville en ville par des colporteurs. Il y a eu aussi le personnage de VIDOCQ.
  • 1832 - "  La Grande Bretèche de Balzac " ( et " Une ténébreuse affaire " en 1841 ) . Balzac est considéré, par certains, comme l’auteur des premiers romans noirs…
  • 1841 – " Double assassinat dans la rue Morgue "  d’Edgar POE. Ce dernier, qui pensait n’avoir découvert qu’une technique du raisonnement applicable à la fiction, étant considéré comme le père du roman policier, fondé sur la détection des indices. Ce jeune américain a choisi Paris, comme cadre de trois récits : Double assassinat dans la rue Morgue, La lettre volée, et Le mystère de Marie Roget. Il explique sa méthode dans  " Genèse d’un poème ".
  • Sans notre Hexagone, le roman policier va garder sa spécificité française jusque vers 1918. On part de la découverte d’un crime pour remonter jusqu’aux causes ( les mobiles ). Les auteurs utilisent les techniques du roman populaire où les péripéties l’emportent sur la déduction – " Le coup d’œil de Monsieur Piedouche " de Fortuné Du Boisgobey , " Maximilien Heller " de Henry Cauvin ou encore " La Chambre du Crime " de Eugène Chavette. Par la suite, les auteurs français vont suivre le modèle anglais en privilégiant l’analyse, la déduction. Jusqu’à la première guerre mondiale, le récit policier est surtout distribué par des mensuels. Il rentre dans l’édition après la guerre, avec l’apparition de deux collections prépondérantes ; " L’empreinte " d’Alexandre Ralli et " Le masque " fondée en 1927 par Albert Pigasse. On passe des Nouvelles composées d’une cinquantaine de pages aux livres plus étoffés. Il faut relever que, sur les 60 premiers titres publiés par Le Masque, trois seulement étaient français.
  • Le roman noir aura son âge d’or dans les années 30-40 aux Etats Unis ( dans le conteste de la crise de 1929 et d’une société violente ).avec Dashiell HAMMET et la génération des " Muckrakers " , ( les fouille-merde). Les Américains ont sorti le " polar " des salons feutrés anglo-saxons, en mettant au goût du jour le " Thriller ", découvert et apprécié en France dans les années 1950.( création par Gallimard de la " Série noire ", après avoir créé le " scarabée d’or " en 1936). CHANDLER disait que HAMMET " a arraché le meurtre au vase vénitien et l’a jeté dans la rue. ". Pour HAMMET, un détective " devait être un type dur et rusé, capable de se tirer de toutes les situations ".
  • Quelques héros d’hier : DUPIN, SHERLOCK HOMES, Ellery QUEEN, l’Abbé BROWN, Gédéon FELL, Hercule POIROT, ROULETABILLE, TIRAUCLAIR ( le père TABARET, policier amateur dans l’Affaire Lerouge ), Nestor BURMA, Miss MARPLE et les autres..
Quelques auteurs français incontournables :Henry CAUVIN ( Maximilien Heller ), Zugène VACHETTE dit " Chavette " ( La Chambre du crime ) E.GABORIAU ( "  L’affaire Lerouge ", " Le Crime d’Ordcival ", et son héros : Lecoq ), G.LEROUX ( " Le Mystère de la chambre jaune " et ses héros : Rouletabille et Chéri-Bibi), M.LEBLANC ; Arsène Lupin) , Leo MALET ( Nestor Burma ).. Mais aussi : BOILEAU-NARCEJAC, F.DARD, S.JAPRIZOT, J.P MANCHETTE ; G. DE VILLIERS, Pierre VERY avec " Assassinat du père Noël ", Pierre NORD "  Double crime sur la ligne Maginot ", Claude AVELINE’ " L’abonné de la ligne U ", Fred VARGAS, l'équipe du Poulpe: Jean Bernard POUY, Didier DAENINCKX, Thierry JONQUET, et les autres... les belges : S.A STEEMAN ( notamment " L’Assassin habite au 21 " ) et G. SIMENON mais aussi quelques régionaux ; Pierre MAGNAN, Jean-Claude IZZO et ses collègues marseillais… sans oublier les Corses: José GIOVANNI, ZAMPONI...
Et tant d’autresAnglais et américains : Conan DOYLE , A. CHRISTIE, Dorothie SAYERS, et ensuite : J.HADLEY CHASE, Peter CHENEY ( " Cet homme est dangereux "), P.HIGHSMITH, Dashiell HAMMET ( considéré comme le précurseur du Roman noir , " Le Faucon maltais ")), Raymond T. CHANDLER ( " Le grand sommeil ") , David GOODIS, Jim THOMSON , Edward BUNKER ; James ELLROY, William IRISH ( " Du crépuscule à l’aube " ou " j’ai épousé une ombre " notamment ), I. FLEMIING ( " Thunderball " et " Dr No "..), Jack LONDON, Franck NORRIS, Théodore DREISER.Suédois : HENNING MANKELL,Italien : Tonino BENACQUISTA Espagnol : L’excellent Manuel VASQUEZ MONTALBAN avec son héros " Pépé Carvalho " et sa ville " Barcelone ". Fabio Montale ( flic marseillais de J. IZZO ) lui doit certainement quelque chose…Et accessoirement, pour se documenter sur le genre, quelques ouvrages érudits :
  • Le détective novel et l’influence de la pensée scientifique – Regis Messac
  • Policier de Roman et de laboratoire – et Manuel de technique policière - par Edmond Locard
  • Histoire et et technique du roman policier – François Fosca
  • Esthétique du roman policier et une machine à lire : le roman policier – par Thomas de Narcejac
  • Le roman policier – par Boileau-Narcejac
  • D’Arsène Lupin à San Antonio – par par Jean-Jacques Tourteau
  • Mythologie du roman policier – par Francis Lacassin
  • Le roman policier – par Josée Dupuy…
  • " Puissance du roman "par Roger Callois ( analyse comparée du roman policier et du Roman )